Je cours.
Je cours à perdre haleine, à m'arracher les poumons.
Je sens l'air froid rentrer dans mes poumons glacer l'intérieur de mon corps, de mon coeur. J'ai l'impression que le temps se suspend, mais non, je cours toujours, je ne pense qu'à ça. Ce n'est pas une course c'est le marathon de ma vie: 42km 250 une éternité.
Où je suis? Je ne peux le dire.
Entre ma tête, mon ventre, mon coeur, qui écouter.
A qui dois je venir en aide en premier, sauver: Ma tête qui veut courir, qui cherche des directions, sans savoir, sans voir, toujours avec l'espoir de réussir. Alors avec elle, je cours j'avance au nord au sud, à l'est à l'ouest, je m'arrète je repars de plus belle, j'accélère, je n'aurais pas du m'arréter. Je culpabilise d'avoir coupé mon effort, alors j'accélère encore.
Mon ventre qui me dit cours, vas y cours. Je suis trop nouer de toute manière pour faire quoi que se soit. Entre mon ventre et ma tête je pourrais courir de New York, à Tombouctou sans éprouver de fatigue. La fatigue c'est l'aveux de mon échec. Jamais je n'avouerais de la fatigue: la mort est bien assez longue pour l'exprimer à ce moment là. Je repousse ma fatigue, et je cours.
Mais mon coeur, lui me dit ralentis, patiente, attend, observe, sans quoi je dis stop. Alors je ralentis, un peu de peur, de m'arréter. Et puis déraisonnable certes, mais tellement folle de vie je cours, j'accélère. Je cours. Je cours comme si ma vie en dépendait, comme si s'arréter, c'était mourir: le Rien final.
Cette course pourrait me rendre folle, mais au contraire elle me tiens en vie, elle me permet de m'accrocher à cette effort. Cet effort m'ouvrant les yeux, la liberté de choisir sa direction. Face à un choix si délicat, courir, et laisser ses idées s'entrechoquer. Elles fusent. Elles se bousculent. Elles se rassemblent, et s'allient, et me portent, me poussent dans un nouvel élan. Un sursaut de fierté, de rage, d'espoir qui me donne la puissance de courir. De courir. De courir plus vite, plus loin, plus haut, plus grand: mieux. Courir vers un seul but, dans une direction, et laisser le reste. Tout laisser pour courir, et encore courir.
Cette direction la visualiser, la voir comme un marin qui observe un phare. Cette lueur d'espoir, une lumière si intense qui disparait, réapparait, s'éteind, mais revient toujours. Ma vie ne tient qu'à cette direction: cette flamme rouge bravant l'océan malade, dévasté.
Ma course folle n'a pas de fin, l'arrivée n'est pas. Et ça ne me fait plus peur. Je cours. J'attend. Je cours. Je cours avec l'espoir au coeur. Avec l'espoir au ventre. L'espoir en tête. J'espère.
Pour Toujours Votre AMie.